Racine Carrée – Stromae | Belgium / 2013 [EN/FR]

What an interesting story is Stromae’s. After releasing a first LP, Cheese, in 2010, crafted at home with limited equipment and which has received a very honourable popular success, it was difficult to imagine the unprecedented enthusiasm that would rise when he released his second opus, Racine Carrée, in 2013.

The album, whose title can be translated as ‘square root’, turns out to be a perfectly logical sequel to the first one. We find again, with pleasure, the endearing personality which seduced the audience with his pronounced taste for words, sounds, inventive phrasing, double meanings; on the music side, the electronic melodies and their multiple references still work very well together. The artist brings together new concepts, and differentiates himself from other Francophone artists, particularly in the topics he chooses, and the way he tells the stories. The angles used in his lyrics are indeed always unpredictable, impertinent, audacious, in their form as well as in their content, abounding with musical, literary and cinematic references. Even if the comparison is hackneyed, one would be dishonest not to hear Jacques Brel in some of his tracks, in his voice as much as in the tone of the stories.

‘Instead of taking well-known universal themes and making them his, Stromae reveals himself completely, inspired by experiences that sound real and rough, and manages to bring a certain poetry which transforms the songs into something less sinister.’

Racine Carrée distinguishes itself from the previous album thanks to its more varied and colourful atmospheres, for example with the singles ‘Papaoutai’ and ‘Ave Cesaria’ and their African-influenced beats and more personal lyrics. Instead of taking well-known universal themes and making them his, Stromae reveals himself completely, inspired by experiences that sound real and rough, and manages to bring a certain poetry which transforms the songs into something less sinister. One of the Belgian artist’s most pleasant qualities is his disillusioned, quirky, withering but also deeply realistic humour that we can discover in ‘Tous Les Mêmes’, a song in which he laughs at clichéd behaviours of men and women in relationships; but also in ‘Carmen’, free adaptation of the anthem of the Bizet opera, which, sugarcoated in a very joyful appearance, turns out to be an extremely depressing and pessimistic vision on social media.

However, this trick nearly becomes the trademark of this album. In ‘Moules Frites’, he talks about H.I.V., a very difficult topic which is, again, coated in grandiloquent and slightly ridiculous arrangements, reminding us of how 17th-century French playwrights such as Molière or Beaumarchais would use jesters to create some enthusiasm about very serious issues. You crack a smile the first few times you listen and this then fills you with guilt when you realise its actual meaning. It works the same for ‘Quand C’est ?’, talking about cancer, and probably one of the most beautiful tracks. Stromae likes being improbable very often and, when telling the story of his life, the artist owns sadly bittersweet characters, as the drunk man in ‘Formidable’, with such great emotion and honesty that it moves you deeply.

‘This subtlety isn’t complexity, but shows a profound need to find the right words.’

These ordinary stories are supported by a music which doesn’t follow the conventions, singing frustration, despair, and death on upbeat and jolly melodies, reminding us of Jeff Mangum who talked about WWII atrocities with marching band-trumpets in the background on In The Aeroplane Over The Sea. Using some pop gimmicks the best way he could, Stromae’s music still stays creative, sometimes tender, but taking advantage of the creaking and aggressive beats to send angry messages, a thing that we can witness in ‘Humain À L’eau’ or ‘Avf’. This subtlety isn’t complexity, but shows a profound need to find the right words. The same way Jacques Brel could do it in ‘Le Port d’Amsterdam’, Stromae talks about us, about himself, about his experiences, about his opinions in a language that we understand.

It is a nearly-perfect album, let’s be honest, and probably one of the best French-speaking albums released in 2013. Finally, even the electronic sounds, of which some people will be recalcitrant, follows a coherent approach because the dehumanisation of the sounds only serves the purpose of highlighting the humanity of the stories. Reaching his goal, Stromae delivers something demanding and accessible at the same time, and for once that a mainstream success is fully deserved, it is important to advocate for talent.

***

Two tracks to remember: ‘Ave Cesaria’ and ‘Humain à l’eau’

87%

 

(partially written in French on Aparté.com on 14/10/13: http://bit.ly/2vj1PAi)

Quelle drôle histoire que celle de Stromae. Après un premier album, Cheese, en 2010, confectionné chez lui avec un équipement limité et qui a recontré un succès plus qu’honorable, il était difficile d’imaginer cet engouement sans précédent qui allait naître lors de la sortie de ce deuxième opus en 2013, Racine carrée.

L’album se revèle être une suite parfaitement logique au premier disque. On retrouve cette personnalité attachante qui avait séduit le public avec ce goût prononcé pour les mots, les sonorités, les tournures inventives, les double sens; côté musique, les mélodies électroniques aux multiples influences se marient toujours très bien. L’artiste apporte du sang neuf, et met un point d’honneur à se différencier du reste de la chanson francophone, en particulier dans les thématiques qu’il choisit, et leur traitement. En effet, les angles d’attaque de ses paroles sont toujours imprévisibles, impertinents, osés, aussi bien dans leur fond que dans leur forme, fourmillant de références musicales, littéraires et cinématographiques qui lui sont chères. Même si la comparaison est éculée, il faut faire preuve de mauvaise foi pour ne pas entendre Jacques Brel dans certains de ses morceaux, que ce soit dans la voix ou dans la tonalité de l’écriture.

‘Au lieu de reprendre des grands thèmes pour en faire les siens, Stomae se livre complètement, s’inspirant d’expériences qui sonnent vraies et éprouvantes, et parvient à apporter une poésie qui leur enlève tout côté sinistre.’

Racine carrée se distingue de son aîné par des ambiances plus variées et plus colorées, à l’instar du single ‘Papaoutai’ ou ‘Ave Cesaria’ aux influences africaines, et des paroles plus personnelles. Au lieu de reprendre des grands thèmes pour en faire les siens, Stomae se livre complètement, s’inspirant d’expériences qui sonnent vraies et éprouvantes, et parvient à apporter une poésie qui leur enlève tout côté sinistre. L’une des qualités les plus jouissives de l’artiste est cet humour désabusé, décalé, caustique, mais aussi profondément réaliste que l’on peut rencontrer dans Tous les mêmes, dans laquelle il se joue des comportements masculins et féminins de couple, ou dans ‘Carmen’, libre adaptation de la chanson phare de l’opéra de Bizet, qui, sous des aspects enjoués, se révèle être une extrêmement déprimante et pessimiste vision des réseaux sociaux.

Cependant, cette ruse devient presque la marque de fabrique de cet opus. Dans ‘Moules Frites’, il traite du V.I.H., sujet très difficile qu’il recouvre, encore une fois, d’arrangements grandiloquents et assez ridicules, rappelant la manière dont les dramaturges français du XVIIe siècle utilisait les bouffons du roi pour créer une sorte d’enthousiasme autour de sujets très sérieux. Cela prête à sourire aux premières écoutes, et nous emplit de culpabilité lorsque l’on se rend compte de son véritable sens. Il en est de même dans ‘Quand c’est ?’, traitant du cancer, et probablement l’un des plus beaux morceaux de l’album. Stromae aime l’improbabilité des situations, et, lorsqu’il raconte les malheurs de la vie, l’artiste s’empare de personnages tristement aigres-doux, comme l’homme ivre de son titre ‘Formidable’, tout en émotion et d’une honnêteté tellement lucide qu’elle nous touche profondément.

‘Cette finesse n’est pas de la complexité, mais témoigne d’un besoin viscéral de trouver les mots justes.’

Ces histoires ordinaires sont supportées par une musique qui se moque des conventions, chantant la frustration, le désespoir et la mort sur des mélodies guillerettes, rappelant Jeff Mangum qui parlait d’atrocités de la Seconde Guerre Mondiale soutenu par des trompettes de fanfare dans In The Aeroplane Over The Sea. Utilisant certains gimmicks pop à son avantage, la musique de Stromae n’en reste pas moins créative, parfois tendre, mais se servant aussi de ses beats grinçants et agressifs pour passer des messages parfois énervés, chose dont on est témoins dans ‘Humain à l’eau’ ou ‘Avf’. Cette finesse n’est pas de la complexité, mais témoigne d’un besoin viscéral de trouver les mots justes. Comme pouvait le faire Jacques Brel notamment dans « Le port d’Amsterdam », Stromae nous parle de nous, de lui, de ses expériences, de ses convictions dans un langage qui est le nôtre.

L’album du belge est proche de la perfection, qu’on se le dise, et probablement l’un des meilleurs albums francophones sortis en 2013. Finalement, même le son électronique, duquel certains seront récalcitrants, entre dans une démarche cohérente puisque la déshumanisation des sons ne sert qu’à mettre en exergue l’humanité profonde des paroles. Toujours le ton juste, toujours le bon mot, le pari de Stromae de créer un album exigeant et accessible est totalement réussi. Pour l’un des rares fois où un succès populaire est véritablement mérité, il est important de faire l’apologie du talent.

***

Deux morceaux à retenir : ‘Ave Cesaria’ et ‘Humain à l’eau’

87%

 

(partiellement écrit sur Aparté.com le 14/10/13: http://bit.ly/2vj1PAi)

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